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Yelemani : la croisade de Blandine Sankara et les siennes pour une souveraineté alimentaire au Burkina Faso

Les intrants chimiques ont actuellement le vent en poupe dans la production maraîchère. Leur utilisation est en effet la règle générale pour produire vite et abondamment. Mais au sein de l’association Yelemani, on prêche un autre évangile : la culture exclusive de légumes biologiques malgré des terres arides, des insectes ravageurs, un processus de production long et beaucoup plus pénible ; un choix derrière lequel se cache un engagement politique en faveur de l’environnement et de l’humain.

Commune rurale de Loumbila, une vingtaine de kilomètres à l’est de Ouagadougou, la capitale burkinabè. Quelque part dans les jardins, 8 femmes ont réussi à dompter les caprices du sol sur une superficie d’un hectare et 800 mètres carrés pour en tirer la subsistance de leurs familles. Issue du milieu rural, toutes ménagères et mères de familles, elles sont réunies au sein de Yelemani, une association de droit burkinabè à but non lucratif, crée en 2009 par récépissé N° 2009 -756. Son siège est à Ouagadougou. Yelemani ! A la fois un nom, une philosophie, une vision, une vocation. En effet, ce terme vient du dioula, une des langues locales du Burkina Faso, et signifie «changement ». Comme son nom l’indique, Yelemani veut rompre avec l’ordre agricole actuel, c’est-à-dire l’agriculture basée sur l’utilisation des intrants chimiques qu’elle juge nuisible à l’environnement et à l’homme. De ce fait, elle travaille à promouvoir le droit des peuples à une alimentation saine et leur droit de définir leurs propres systèmes agricoles et alimentaires.

Sa démarche, explique sa coordinatrice, Blandine Sankara, consiste à diffuser des « techniques agricoles de régénération, respectueuses de l’environnement et de l’humain, des cycles naturels, des besoins de la terre, et orientées vers la valorisation des produits traditionnels, le rejet des organismes génétiquement modifiés (OGM), des fertilisants et pesticides chimiques».
12 mois à Yelemani pour dompter les caprices du sol pour la production agricole
Il y a 5 ans, seuls quelques rares arbres épineux, au visage de désolation étaient le signe vital de la végétation sur le site de production qu’exploite Yelemani. Le sol est réputé aride. Il fallait le dompter. Dès 2012, les productrices se livrent à une bataille pour sa récupération. Elles sont au nombre de 34 à donner l’assaut. Elles utilisent des techniques de compostage et de récupération par demi-lunes. La bataille est longue et rude. Face à la peine et au désespoir, 26 amazones déposent les armes et se retirent du champ de bataille. Seulement 8, les plus courageuses, résistent et persévèrent. Au bout de 12 mois environ, elles remportent la victoire. Le sol est enfin transformé en un sol propice aux cultures.
Une demande qui dépasse l’offre
Au moins vingt et un types de légumes feuilles (salade, épinards, ciboulettes, basilic, oseille, choux, feuille de haricot, etc.) et de légumes fruits (concombres, poivres, courgettes, tomate, betterave, piment de turin, carottes, etc.) sont actuellement cultivés sur le site. De nombreux fruits en sortent. Afin de mieux faire passer son message, l’association Yelemani opte pour la vente de proximité selon un programme qu’elle a librement établi. Tous les lundis, elle fait des livraisons à domicile, dans des services à Ouagadougou. et à l’école primaire Saint Exupéry. Une liste de commande est préalablement établie à cet effet. Les samedis, la vente a lieu uniquement au marché de produits agricoles biologiques, ouvert au sein de l’atelier théâtre burkinabè (ATB), une association culturelle essentiellement consacrée à la création et la production théâtrale. Les clients sont des nationaux et des expatriés de diverses catégories sociales. Certains mêmes se déplacent sur le site de production pour s’approvisionner des légumes dont ils ont besoin.
Malgré un marché déjà dominé par les légumes traités chimiquement et vendus à des prix bas, les produits de Yelemani s’imposent de plus en plus. De nombreux restaurants expriment le besoin d’en bénéficier. Cependant, l’association se retient d’aller vers cette clientèle. Du moins pour le moment. Ce n’est ni la peur ni le refus. C’est plutôt parce qu’elle est incapable de satisfaire cette catégorie de clientèle à cause de sa faible capacité de production liée au nombre très limité de ses productrices, explique sa présidente.
Une guerre contre les OGM
L’association Yelemani est hostile à la culture des OGM. En plus des fertilisants non chimiques, elle utilise des pesticides à base d’eau et d’ail, de piment, de feuilles de papayer pilées ou de la poudre de graines de neem. Ce sont des produits agricoles maison fabriqués par les productrices elles-mêmes grâce à des formations reçues en techniques de fabrication et de conservation par des agronomes. Son choix de la culture bio n’est pas fortuit, il contient un message. Et Yelemani l’assume comme l’atteste sa coordinatrice, Blandine Sankara : « le discours que l’on tient ne plaît pas forcement [aux multinationales qui ont le monopole des intrants chimiques]. Il renferme un engagement politique : celui d’inciter les citoyens au changement de mentalité et de comportements» dans un monde en proie aux organismes génétiquement modifiés avec leurs effets nuisibles sur l’environnement, la santé humaine et animale.

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Invité
lundi 16 juillet 2018

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